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Ali Kader | Ancien cadre de l’agriculture : «L’alimentation du cheptel ovin comme pour le bovin est la clé de la réussite» 

Ali Kader | Ancien cadre de l’agriculture : «L’alimentation du cheptel ovin comme pour le bovin est la clé de la réussite» 
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Ancien cadre du secteur agricole et auteur d’un ouvrage intitulté Agriculture algérienne : entre progrès et regrets, Ali Kader revient dans cet entretien sur les conditions dans lesquelles évolue la filière des viandes rouges en Algérie. Il plaidera d’emblée pour la révision des mécanismes d’aides aux éleveurs et pour l’amélioration de la conduite alimentaire du cheptel ovin et bovin. Pour Ali Kader, il est utopique de vouloir faire croire qu’un mode d’élevage extensif puisse progresser.

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-Comment ont évolué ces dernières années les conditions de l’élevage bovin en Algérie ?

Le potentiel bovin détenu par l’Algérie se chiffrerait aux alentours de 970 000 têtes, réparties par tiers pour chaque catégorie d’élevage (moderne composé, amélioré et local). Les rendements restent encore faibles à aléatoires ; ils tourneraient à moins de 10 litres de lait par vache en moyenne, nonobstant certains professionnels qui conduisent bien leurs élevages et arrivent facilement à des pointes de 25 à 30 litres par vache si ce n’est plus. La production de lait, elle, serait estimée à 3,7 milliards de litres quand bien même la consommation nationale se situerait dans les 6,3 milliards de litres. Ceci pour dire que l’Etat se doit de chercher les 2,6 milliards de litres dans les importations de poudre de lait, fort onéreuse, bien que le chiffre avancé pour la production nationale mériterait d’être affinée.

Les conditions d’élevage ont certes fortement évolué du fait des cheptels performants introduits par le biais de l’importation de génisses et de quelques pépinières malheureusement insuffisantes, du fait du confort des animaux amélioré par la construction et l’aménagement d’étables modernes en certains endroits, mais dont la généralisation dans tous les bassins tarde à se réaliser. Il est encore loisible de constater que des effectifs importants de génisses importées à coups de devises végètent et moisissent encore dans des conditions d’insalubrité extrêmes et indignes ; ce qui affecte bien évidemment leur santé, leur bien-être et leurs performances et les expose aux boiteries, mammites et métrites…

Des campagnes sanitaires sont menées maladroitement et dont les dispositifs de mise en œuvre, notamment l’organisation et l’octroi du mandat sanitaire, doivent être revisités, dépoussiérés et mieux encadrés pour plus d’efficacité. Les conditions d’élevage ont évolué, aussi à cause du souci permanent, faut-il fortement le souligner, de la volonté des pouvoirs publics à trouver une issue rapide à cette dépendance des importations qui grèvent le budget national, en soutenant les filières (lait et viande). Hélas, l’obligation de résultats des récipiendaires n’est pas considérée comme prépondérant. C’est le talon d’Achille de tous les dispositifs d’aide, généreux dans l’énoncé et l’approche, mais confus dans leur exécution et surtout non évaluables dans l’échec. Ces dispositifs ne sont pas arrivés à assurer au pays, même si dans bien des cas, des résultats probants sont obtenus.

Si l’on veut améliorer les rendements, il est plus que nécessaire de se pencher en priorité, outre le confort des animaux, sur l’alimentation et l’amélioration génétique. Les pouvoirs publics ont mis en place, à bon escient, un dispositif des plus attractifs pour soutenir les fourrages enrubannés. On ne peut produire du lait et des viandes sans une alimentation de qualité. Chose excellente, mais ce dispositif tarde à se généraliser. Une frilosité incompréhensible est perceptible sur le terrain. L’effet d’entraînement n’est pas à négliger. Non seulement, ce dispositif boostera la productivité animale dans son ensemble, mais aussi, il boostera les nouvelles exploitations qui se sont lancées dans la production des fourrages verts, du maïs et autres, au sud du pays notamment. Ce n’est pas avec les issues de meunerie, bizarrement plus chères que le produit principal qu’est le blé, principalement le son distribué en l’état, comme certains s’ingénient à le faire croire, que les productions augmenteront. Il subsiste encore des unités d’élevage, surtout celles conduites en hors sol, mais pas que, qui continuent à mener ce mode de conduite alimentaire qui n’offre que de la matière sèche. Il n’a aucune chance d’aboutir à des résultats adéquats.

-Et pour ce qui est de l’élevage ovin ?

L’élevage ovin est globalement conduit en extensif. L’essentiel du potentiel productif national ovin se trouve en steppe et à sa périphérie. Du fait de leur surexploitation, des sécheresses récurrentes, des mises en valeur qui empiètent sur les pâturages jusqu’à les retreindre drastiquement, de l’appropriation anarchique des terres, de la reconversion forcée des dépressions (gueltas) en zones de cultures d’orge, des labours illicites et de la mécanisation inutile, ces étendues suffoquent et se dégradent lamentablement. En dehors de la période faste du fonds de lutte contre la désertification et de développement du pastoralisme et des zones steppiques (FLDDPS) où des équipements publics furent réalisés à profusion afin de sauvegarder le potentiel ovin reproducteur et de faciliter les métiers du pastoralisme, autant se rendre à l’évidence, plus grand-chose ne se s’accomplit sous ces latitudes. Disons-le tout net, notre steppe se meurt dangereusement, elle est un no man’s land ouvert à tous les vents et à tous les caprices des plus forts. Elle est gratuite et s’offre à plus fort qui veut la déflorer. Personne ne se soucie de sa préservation ! Les parcours se dégradent irréversiblement et pas lentement, il est temps que les lois devant régir ces immenses espaces qui sont une zone tampon d’une importance capitale, un biotope particulier, entre le désert et le tell, voient le jour.

-Quel impact de tous ces dysfonctionnements sur la production locale de viandes rouges ?

La production de viandes rouges a augmenté, certes, passant de moins de 3 millions de qx en 1998 à environ 5 millions de qx actuellement. Elle est issue à hauteur de 60 à 65% de l’élevage ovin, le reste est tiré du bovin, du caprin, du camelin et de l’équin. Malheureusement, dépendant des parcours dégradés et des pluies qui se font de plus en plus rares mais d’une violence inouïe quand elles surviennent, la production de viandes rouges a évolué incontestablement, mais elle aurait dû évoluer de campagne en campagne, dans des proportions qui devraient être meilleures. Cette évolution est proportionnelle, d’après les statistiques officielles, à l’augmentation des effectifs, c’est-à-dire au croît des animaux qui se situerait entre 4 et 6% annuellement. Cette progression ne serait pas le fait d’une amélioration notable des conditions d’élevage qui, certes, sont bien meilleures que celles des décades précédentes, mais, sont en-deçà des efforts consentis par les pouvoirs publics en matière de subventions à l’orge et à la santé animale. Il est inutile de vouloir ajouter d’autres effectifs à ceux déjà existants dans ces mêmes conditions. Ce qui exacerberait à coup sûr les tensions déjà récurrentes sur l’orge, principale alimentation en période de disette. Alimentation qui, il faut le rappeler, n’est pas toujours accessible aux petits éleveurs qui se rabattent sur le marché noir pour acquérir au prix fort le quintal d’orge qui aurait dû leur être destiné.

L’impact sur la production locale est des plus probants. Même si les gains moyens journaliers (GMJ) restent en-deçà des attentes, force est de constater que la production nationale en viandes rouges qui a évolué au gré des effectifs a de la marge devant elle. Il est utopique de vouloir faire croire qu’un mode d’élevage, tel que présenté actuellement, extensif à souhait, puisse progresser et générer des miracles de façon à voir le taux de fertilité augmenter et le poids des carcasses multiplié par 1,5 ou plus. Mis à part les campagnes prophylactiques d’intérêt public, quand bien même elles aussi devraient être réajustées, le dispositif actuel d’aide doit être revu en profondeur et orienté vers la sauvegarde de ce cheptel mais aussi à la défense des petits et moyens éleveurs.

-Qu’en est-il des prix sur le marché ?

Depuis quand le kilogramme de viande a-t-il baissé sur le marché ? Force est de constater que, quelles que soient les conditions climatiques, celui-ci ne baisse pas. Il fut un temps où la nature régulait cette spéculation. En période de disette, les éleveurs, ne trouvant pas de quoi nourrir leurs troupeaux, se délestent d’une partie. Automatiquement, l’offre en moutons sur le marché augmente, les prix des viandes diminuent. Et, à contrario, quand la saison est propice, les éleveurs, forts des conditions climatiques et du tapis végétal régénéré choisissent plutôt d’agrandir leurs effectifs et par ricochet, les prix des viandes remontent. Le marché se régule de lui-même, et la sacro-sainte équation de l’offre et de la demande trouve son sens. On créa même un office, l’Orevic, qui fut chargé, sans grande conviction, du délestage de la steppe au profit des unités d’engraissement situées dans et à la périphérie de celle-ci. De nos jours, à peine les premières pousses d’herbe ou d’arbuste fraîches sorties de terre, elles sont immédiatement happées. On ne va plus à pied, on ne fait pas l’achaba et l’azaba en parcourant des centaines, voire des fois des milliers de kilomètres comme antan. Dès qu’une goutte de pluie se faufile dans le ciel gris d’une steppe, les camions se déchaînent sur les pistes et les moutons en font autant sur les parcours. Les cheptels ovins traditionnellement installés en steppe ou à sa périphérie, ont pris possession de leurs nouveaux quartiers.

L’alimentation du cheptel ovin, comme pour le bovin est la clé de la réussite, bien que le bien-être de l’animal soit aussi important. Certes, il faut préserver le potentiel productif national, le faire prospérer lui faire jouer le rôle auquel il est destiné, à savoir, fournir des protéines animales en quantité et en qualité à la population. Mais, est-ce le bon choix d’alimenter ce même cheptel uniquement à base d’orge (300 g par brebis) ? Faut-il rester sur ce modèle en acquérant par les CCLS ce produit à 2500 dinars et en le revendant en l’état, sans aucune transformation, à 1500 dinars à tous les éleveurs, tous, sans exception, petits et surtout gros ? Où est passée l’obligation de résultats du contrat qui ferait qu’en sorte, ces aides seraient accompagnées d’un retour d’ascenseur qu’on appellerait, des prix abordables pour le consommateur ? Pourquoi s’obstiner à distribuer de l’orge en grain, en l’état ? les spécialistes en la matière le répètent souvent, plus de 20% sont rejetés en grain, en l’état, non digérés, non assimilés. Le potentiel de transformation de la matière première en aliment concentré, existe et, quand bien même, il ne le serait pas, il sera facile à mobiliser. L’argument avancé est d’une absurdité inimaginable ! il se dit que l’aliment concentré s’envole au moindre souffle de vent ! Il est vrai que cette solution de facilité agrée tout le monde. Mais, elle n’agrée pas l’économie nationale qui peine à se relever des importations abusives.

-Justement, la décision a été prise de geler les importations des viandes rouges depuis quelques mois… quelles seraient les conséquences sur le marché ?

Les pouvoirs publics ont toujours essayé de pallier l’escalade des prix des viandes rouges en se rabattant sur l’importation. La facilité s’installe dès lors qu’un événement aussi important que le mois sacré du Ramadahn pointe à l’horizon et où la consommation de ce produit bat tous les records. La première question qui se pose est fondamentale : est-ce que cette façon de faire, c’est-à-dire le recours à l’importation systématique érigée en un programme national par certains, a infléchi les cours de la viande rouge ? Force est de répondre que non ! Les prix des viandes rouges ont apparemment eux aussi appris à aimer le Ramadhan ; justement, c’est la période inespérée pour grimper et s’y installer confortablement en attendant de rebondir encore plus et mieux au prochain événement. Deuxième question : a-t-on jamais vu un boucher mettre la clef sous le paillasson parce qu’il n’a pas été approvisionné ? Chacun se fera une idée en se posant les deux questions précédentes. Jusqu’à preuve du contraire, les abattoirs fonctionnent, les frigos des bouchers regorgent de carcasses et les esses sont correctement achalandées. S’il y a problème, il faudra le chercher plutôt dans les circuits qu’emprunte ce produit pour arriver à la table du consommateur. Tout baigne dans l’informel ! De la naissance de l’agneau jusqu’à l’achat !

Il est temps que la situation s’inverse. Pensons plutôt à mieux aider et à mieux accompagner nos éleveurs et nos agriculteurs ; pensons à consommer local. La facilité n’a rien apporté au pays, sinon cela se saurait depuis que les importations (année 2014) des biens alimentaires avaient plafonné à 11 milliards de dollars (307 millions de dollars pour les viandes). Pour une fois, faisons confiance à nos éleveurs. Aussi, les droits des consommateurs doivent être sauvegardés. Il ne faut pas qu’ils soient les dindons de la farce, c’est-à-dire payer la facture des errements techniques. Mais dans cette économie souterraine, qui arrivera à contrôler la filière ?

Il est à prévoir que des investisseurs profiteront de cette conjoncture favorable pour se lancer dans l’engraissement. Mais, pour ce faire, il faudra les aider à acquérir des terrains pour un tel investissement. C’est le parcours du combattant ! Pourquoi ne pas ériger des zones d’activités exclusivement dédiées aux élevages dans le pays profond, au niveau des wilayas de l’intérieur ? Il n’est point besoin de posséder des milliers d’hectares pour monter une unité d’engraissement. Il suffit d’une assiette foncière d’un hectare, de bergeries, de cheptels, de matériel de transformation, d’une source d’énergie et d’un forage ! Les 307 millions de dollars auraient dû servir à cela, quand bien même, il serait toujours possible d’autoriser l’importation de taurillons d’engraissement sur pieds en attendant de voir les pépinières prospérer. Au moins la valeur ajoutée serait locale.


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2021-02-22 09:24:48

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Written by Ahmed Sobhy

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