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Brahim Guendouzi. Docteur en économie : «L’impact des mesures d’ordre monétaire est limité dans le temps»

Brahim Guendouzi. Docteur en économie : «L’impact des mesures d’ordre monétaire est limité dans le temps»
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– La Banque d’Algérie a décidé de revoir à la baisse le taux de réserves obligatoires des banques à 2%. Il était à 3%. La décision prise est de nature à permettre de libérer, pour le système bancaire, des marges supplémentaires de liquidités à même de renforcer davantage les capacités de financement des banques. Pensez-vous que cela est suffisant pour donner du souffle à un système financier en crise et à une économie en mal d’investissements ?

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Il est clair que l’abaissement du Taux des réserves obligatoires (TRO) à 2% (pour la quatrième fois consécutive), à partir de ce mois de février, vise essentiellement à libérer encore une fois de la liquidité au profit des banques afin qu’elles puissent faire face aux demandes de crédit émanant des entreprises, notamment celles les plus touchées par la Covid-19. D’autant plus que le dispositif mis en place dès le mois d’avril 2020 avec le début de la crise sanitaire a été reconduit récemment pour un semestre.

En plus du relâchement de la politique monétaire en cette conjoncture économique très difficile, la Banque d’Algérie a également assoupli les règles prudentielles en donnant aux banques une marge de manœuvre plus large face aux risques, surtout que certaines traînent déjà d’importantes créances improductives.

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Cependant, l’impact de l’ensemble de ces mesures d’ordre monétaire reste limité dans le temps, car le problème de fond que rencontre le système bancaire et financier est plus profond et continue à persister (faible bancarisation, insuffisance du réseau d’agences bancaires, incapacité à capter l’argent de l’informel, tendance à la thésaurisation au niveau des ménages, utilisation du cash dans les transactions commerciales, recours marginal aux instruments de paiement électronique, rémunération faible des dépôts bancaires, recapitalisation des banques, etc.).

D’où la nécessité d’une nouvelle approche novatrice devant inscrire la place bancaire dans une trajectoire qui servirait surtout l’entrepreneuriat et le financement des investissements, unique garantie pour un retour vers une croissance économique vigoureuse.

– Un nouveau règlement relatif aux opérations, instruments et procédures de politique monétaire vient d’être publié par la Banque d’Algérie : «Le taux d’intérêt applicable aux opérations principales de refinancement est le taux directeur de la Banque d’Algérie.» Dans le contexte de crise économique qui est celle du pays aujourd’hui, cet instrument peut-il permettre une bonne maîtrise du taux d’inflation, qui pourrait partir à la hausse ?

La question du financement du déficit public étant posée avec acuité, le retour vers un financement monétaire semble nécessaire à côté de la dépréciation de la monnaie nationale. Ces deux instruments étant les plus aisés à mettre en œuvre grâce à la Banque d’Algérie, et ce, dans une économie en récession et en présence d’une pandémie sévère dont l’évolution reste encore incertaine.

Le nouveau règlement introduit un article 20 bis dans le règlement n° 09-02 relatif aux opérations, procédures et instruments de politique monétaire, en définissant le taux d’intérêt directeur de la Banque d’Algérie, qui devient le taux d’intérêt applicable aux opérations principales de refinancement des banques en contrepartie d’une cession temporaire d’effets.

Il s’agit là du principal canal de refinancement du secteur bancaire, avec référence au taux d’intérêt directeur fixé et publié régulièrement (actuellement il est à 3% et il pourrait être revu à la baisse).

Aussi, il y a lieu de préciser que dans sa politique monétaire, la BA considère les opérations principales de refinancement comme essentielles dans le pilotage du taux d’intérêt et la gestion de la liquidité bancaire. Parmi les effets éligibles exigés, on distingue en plus des effets publics (bons du Trésor), des effets privés non négociables, comme par exemple les effets de financement de crédits à moyen terme et de trésorerie accordés à des entreprises non financières.

De cette façon, la Banque d’Algérie va créer de la monnaie qu’elle transférera aux banques via le rachat de crédits bancaires, leur permettant en même temps de pouvoir acquérir des titres du Trésor public en fonction des besoins exprimés par celui-ci.

Si durant les semaines à venir l’accent est mis sur ce type de financement conjugué avec la dépréciation du dinar, une pression inflationniste va certainement se manifester au courant de cette année. Les pouvoirs publics vont alors être placés devant le dilemme suivant : maîtriser l’évolution des prix ou sauver les emplois ?

– La Banque d’Algérie affirme que l’évolution des ressources bancaires s’est nettement améliorée comparativement à son évolution au premier semestre 2020. Quelle est, selon vous, la «viabilité» de l’amélioration annoncée ?

Durant le second semestre 2020, il y a effectivement eu une légère reprise de l’activité économique dans plusieurs secteurs, comparativement au premier semestre, durant lequel le confinement de la population a entraîné l’arrêt d’un grand nombre d’entreprises et de commerces.

Ajoutée à cela, la tendance haussière des cours du pétrole va certainement avoir une influence positive sur la liquidité bancaire grâce à la contrepartie en monnaie nationale des recettes en devises engrangées ainsi que de la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar, monnaie de paiement des exportations d’hydrocarbures.


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2021-02-10 09:35:29

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Written by Ahmed Sobhy

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