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Hassen Khelifati. PDG d’Alliance Assurances : «Sans réformes sérieuses, le secteur des assurances risque un crash»

Hassen Khelifati. PDG d’Alliance Assurances : «Sans réformes sérieuses, le secteur des assurances risque un crash»
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Fortement impacté par la crise économique en 2020, le secteur des assurances fait face à des pratiques malsaines qui entravent son développement. Pour Hassen Khelifati, la réforme du secteur et sa régulation deviennent plus urgentes pour éviter un éventuel crash.

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– Une année très difficile vient de s’achever pour les compagnies d’assurance qui ont elles aussi subi les effets de la crise. Quel constat faites-vous des conséquences de cette situation sur le secteur ?

Effectivement, l’année 2020 était une année difficile pour tout le monde, et spécifiquement pour le secteur des assurances, parce qu’en plus de la crise économique et l’absence des réformes, depuis plusieurs années, des pratiques malsaines sont apparues dans le secteur, tel que le dumping, la guerre des prix qui a entraîné une mauvaise qualité des services, l’allongement des délais de remboursement et le mécontentement des assurés.

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Au début de l’année déjà, nous avons été impactés par l’instauration de la taxe sur la pollution, dans la loi de Finances 2020, ce qui a freiné un peu la souscription automobile. Mais le gouvernement l’a abrogée dans la loi de finances 2021.

Il y a eu aussi l’absence du marché des nouvelles immatriculations à cause de l’arrêt des importations, ajoutant à cela la crise sanitaire liée à la Covid-19, qui a eu un impact terrible sur l’activité économique, arrêt des entreprises et crise de la trésorerie, ainsi que l’annulation et le non-renouvellement des contrats.

Le plus difficile dans cette crise, c’est qu’elle dure dans le temps, et avec le confinement, qui a limité les déplacements et les activités, nous avons eu droit à un cocktail explosif sur le secteur. Les conséquences se font sentir à travers la régression du chiffre d’affaires global de 10% par rapport à 2019.

Et avec la dépréciation du dinar, pour la première fois le secteur pourra réaliser moins d’un milliard de dollars en termes de chiffre d’affaires. Mais ce qui est en train de déstabiliser sérieusement le secteur, c’est le stock des créances qui augmente de jour en jour et qui est le résultat des ventes à crédit des contrats d’assurance en Algérie. Une pratique qui va à l’encontre du principe sacré de «no pay no cover» dans le monde.

Pour ces cas, les compagnies d’assurance n’étaient pas protégées devant la justice. Heureusement que la commission de supervision au niveau du ministère des Finances a fait une bonne lecture de l’article de la loi 95-07 du secteur des assurances, qui stipule que le contrat n’est valable que si la police d’assurance est payée.

Tout contrat qui n’est pas payé dans les 24 heures de sa souscription ne pourra produire ses effets et l’assureur n’est pas engagé. Au sens de la loi, un contrat impayé ne pourra être opposable en cas de sinistre, même en Responsabilité civile (RC).

– Quid de l’Assurance des personnes (AP)?

Les assurances des personnes ont été aussi impactées par la fermeture des frontières, sachant que l’assurance voyage pèse lourdement dans le chiffre d’affaires des AP. Pour ce qui est des assurances santé, il n’y avait pas assez d’évolution. Il y a un projet d’assurance de santé complémentaire, mais il n’est pas encore complété.

Les AP ont enregistré des reculs en chiffres d’affaires entre 10 à 14% en 2020, et cela risque de continuer si les frontières restent fermées en 2021. Le marché des assurances des personnes ne peut évoluer et se développer en l’absence d’un marché financier moderne et dynamique. Sans cela, nous continuerons à tourner en rond.

– Quelle solution proposez-vous pour régler les problèmes du secteur des assurances ?

Nous essayons de faire des choses, mais ce n’est pas évident de changer les habitudes. Nous avons insisté auprès de la commission de supervision au ministère, et en mai 2020, au nom de l’Union des assurances, nous avons émis un document pour atténuer les effets de la crise sanitaire en Algérie, dans lequel nous avons avancé quelques doléances.

Jusqu’à présent, nous avons réussi à obtenir la libération de l’accord multilatéral qui gère la branche automobile et vise à contrecarrer la dérive que nous avons constatée dans les remises automobiles. Toutefois, il se met en place avec beaucoup de difficultés, mais nous y allons.

Il n’est pas possible de changer les habitudes de 20 ans, mais nous nous battons pour sa mise en place. Nous avons obtenu aussi la levée de la taxe sur la pollution, ainsi que la clarification sur les créances. A part cela, chaque compagnie essaye de trouver seule son chemin pour survivre à la crise et pérenniser son existence.

En ce début d’année 2021, nous avons remarqué que la concurrence s’est exacerbée, et les entreprises ont diminué leur achat de contrats d’assurance, à cause de la bataille des tarifs qui existe dans les autres branches. De ce fait, nous encaissons moins de police, pour les mêmes risques.

Du côté de l’Etat, nous n’avons pas demandé d’aides financières, mais juste des aménagements réglementaires, parce que nous sommes un secteur qui a des aspects très réglementés.

– Quel est l’apport de cet accord multilatéral sur le secteur ?

Cet accord a été conclu en 2011, mais il n’a pas été appliqué, car le marché avait un plan de charge important. En 2015, nous l’avons remis sur la table, et ce n’est qu’en 2017 que nous l’avons signé et soumis à l’autorité de régulation. Mais c’est au début de l’année 2021 qu’il est entré en vigueur.

Cet accord est obligatoire pour toutes les compagnies de la place qui ont toutes signé et se sont engagées pour sa stricte application.

Il vient mettre un peu d’ordre à l’anarchie constatée dans le marché automobiles, où personne n’est gagnant suite aux mauvaises pratiques, y compris l’assuré qui croit payer moins cher le contrat, mais en réalité les compagnies n’ont pas assez de moyens pour le remboursement des sinistres car elles ne collectent pas assez de primes.

En plus, avec la baisse de la valeur du dinar, nos stocks des sinistres augmentent d’une année à l’autre, avec 30 à 40%, et dans ce cas-là, nous pouvons constater que les compagnies d’assurance pratiquent la politique de la fuite en avant qui risque de se terminer avec un crash pour tout le secteur. Donc, cet accord est un premier engagement pour la branche automobile, et les autres branches doivent être traitées aussi plus tard, car elles souffrent des mêmes problèmes.

Nous avons installé un comité de veille, l’autorité de régulation sera saisie pour chaque transgression et les contrevenants seront pénalisés.

L’accord a aussi planché le taux de l’assurance tous risques à 2,5% de la valeur du véhicule. Toutefois, cet accord nécessite un réel engagement et la collaboration de tous pour le réussir, car il constitue la dernière chance pour le secteur, s’il est raté, nous irons vers des difficultés non souhaitables.

– Les créances pèsent lourdement dans le bilan des compagnies. Dans quelle situation sont-elles exactement ?

A la fin du mois d’août 2020, nous étions à 68,5 milliards de dinars, ce qui a provoqué la réaction de l’autorité de régulation qui a exprimé ses inquiétudes quant à l’envergure de ces stocks des créances qui ne devraient pas exister.

Cette situation est générée par la transgression de la loi par des compagnies, en proposant des contrats à crédit pour des clients et on leur inculque de mauvaises habitudes. Alors que ce genre de pratique est illégal.

Aujourd’hui dans le contexte actuel, ceux qui ont un contrat d’assurance non payé, celui-ci n’a aucune valeur. Le montant de 68 mds de dinars équivaut à 60% du chiffre d’affaires du secteur en 2020.

Et cela a des incidences sur le remboursement des sinistres. De ce fait, nous avertissons qu’il faut des réformes sincères et irréversibles pour redresser la situation, et cela nécessite un engagement sérieux de l’autorité de régulation et des compagnies.

Nous attendons l’indépendance de la régulation du secteur, nous voulons décharger le directeur du Trésor de la régulation des assurances et il nous faut une autorité de régulation indépendante du secteur privé et public.

Actuellement, l’autorité de régulation est sous tutelle du ministère des Finances et les compagnies publiques sous tutelle du ministère des Finances contrôlent 75% des parts du marché.

– Le taux de pénétration du secteur des assurances est loin du potentiel du marché. Pourquoi tout ce retard ?

Le taux de pénétration du secteur des assurances en Algérie est entre 0,6 et 0,7%, nous sommes loin de la moyenne mondiale qui atteint parfois les 25%.

Par exemple, nos voisins sont à 3,5% au Maroc et la Tunisie à 2,5%. En chiffres d’affaires, la Tunisie est à 2 mds de dollars et le Maroc à 4,5 mds de dollars, or le PIB de ces pays est loin du nôtre.

La raison de notre retard, c’est la structuration du marché avec une dominance publique, et nous avons des pratiques malsaines, tels que le dumping, la discrimination, la concurrence déloyale… ce qui empêche lourdement le développement du secteur et son essor.

Donc, je réitère mon appel pour un engagement plus ferme de la régulation à mettre en place des décisions à effet immédiat afin de stopper l’hémorragie et à engager des réformes rapides et structurelles pour le secteur pour mettre fin à cette situation intenable sur le court, moyen et long termes.

Nous avons aussi le secteur financier qui doit être réformé, car nous sommes directement liés aux finances. Je crois aussi qu’il faut aller vers la libération des initiatives pour un juste équilibre entre les acteurs. Car si nous voulons conquérir l’Afrique, il faut d’abord mettre de l’ordre chez nous.

– Plusieurs assurés se plaignent de la lenteur des procédures de remboursement. A quoi cela est-il dû ?

En fait, tout est lié, moins vous encaissez de primes, plus vous aurez des difficultés de trésorerie pour rembourser. C’est pour cela que j’ai dit que la casse des prix n’est dans l’intérêt de personne, y compris l’assuré.

Aujourd’hui, nous faisons face à une prime qui baisse à cause de la guerre des tarifs, un stock de sinistre qui augmente en nombre et en volume avec un allongement des délais de remboursement, et un stock des créances qui augmente en nombre et en volume à cause de la dépréciation du dinar et des contrats non payés, provoquant un déséquilibre flagrant dans la trésorerie, ce qui engendre des retards dans le rebroussement.

– Qu’en est-il des résultats d’Alliance Assurances pour l’année 2020 ?

Nous ne pouvons pas nous prononcer sur le résultat actuellement, car les chiffres ne sont pas encore disponibles, mais je dirai que notre chiffre d’affaires a reculé de 9% en moyenne durant l’année 2020.

Mais ce qu’il faut signaler, c’est que sur l’automobile, nous avons enregistré un recul de 420 millions de dinars, et nous avons transféré 360 millions de dinars comme taxe sur la pollution.

De là, nous constatons l’impact de cette taxe sur notre résultat. Il y a aussi le taux d’encaissement qui a beaucoup baissé à cause des problèmes de trésorière que connaissent les entreprises. Nous allons essayer de trouver de nouvelles offres et des pistes de croissance pour faire face à cette régression.

– Mais vous avez aussi récemment augmenté le capital de l’entreprise…

Exactement, c’était pour renforcer les fondamentaux des entreprises. Il faut savoir que l’une des discriminations auxquelles on fait face lors des soumissions, c’est qu’ils ont mis des capitaux très élevés comme conditionnalité de soumission pour privilégier certaines entreprises.

Nous avons ainsi enrichi nos actionnaires au niveau de la Bourse, qui ont vu leur portefeuille augmenter de 60%, en plus des dividendes de 260 millions de dinars distribués en juin dernier.


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2021-01-26 10:15:11

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Written by Ahmed Sobhy

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