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Hommage posthume à l’artiste Abdellah Guettaf : Un maître du chaâbi

Abdellah Guettaf
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A l’occasion du dixième anniversaire du décès du chanteur châabi Abdallah Guettaf, un vibrant hommage lui a été rendu, jeudi après-midi, à la villa Abdellatif à Alger.

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C’est à l’initiative de l’Agence nationale pour le rayonnement culturel (AARC) que la vie et l’œuvre de l’artiste algérien Abdellah Guettaf ont été revisitées, au grand plaisir des mélomanes. Décédé le 28 janvier 2011 suite à un arrêt cardiaque, le défunt qui a eu une carrière assez courte a laissé derrière lui un legs inestimable. Cet artiste à la réputation bien assise auprès de son large public a interprété plus d’une centaine de qacidate rares.

A l’occasion de cet hommage posthume, les organisateurs ont projeté un film documentaire, d’une durée d’une quinzaine de minutes, retraçant le parcours de ce talentueux musicien, rehaussé de quelques séquences musicales de son premier enregistrement lors des éliminatoires de la 1re édition du Festival national de la chanson chaâbie en 2006.

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Dans la continuité du programme concocté à cette occasion, une conférence intéressante à plus d’un titre, animée par le directeur de l’AARC, Abdelkader Bendaméche, et par le poète et parolier Rachid Rezagui, a permis de lever le voile sur cet artiste brillant. Dans son introduction, le directeur Bendaméche a affirmé que le chanteur châabi Abdallah Guettaf était différent des autres artistes.

Il avait une notoriété auprès du public algérien que lui-même avait du mal à comprendre de son vivant. Bendaméche confie qu’au départ, les deux hommes ne se connaissaient qu’à travers des salutations. Ce n’est que dans les années 1990 qu’ils se sont rencontrés au Théâtre régional de Constantine. «J’étais, confie-t-il, à Constantine pour un autre rendez-vous. Je ne savais pas qui se produisait au théâtre, mais quand je suis entré dans les coulisses, j’ai su que c’était Guettaf. Nous avons fait connaissance. Par la suite, nous avons fait de longues séances de travail se rapportant au chaâbi.» Le conférencier rappelle que Abdellah Guettaf n’a ni suivi ni imité Hadj M’hamed El Anka, encore moins Hadj M’rizek. Il avait une base qui lui avait permis de créer son propre style musical.

Il suivait uniquement ce que lui dictait la création de son esprit. Abdellah Guettaf aimait tous les styles musicaux dont, entre autres, l’andalou, ou encore le bédoui. Il ne se cantonnait pas dans un seul genre. Il était universel de par ses goûts artistiques. Le directeur de l’AARC reste convaincu que Abdellah Guettaf restera à jamais dans la mémoire collective.

Pour sa part, le poète et parolier Rachid Rezagui, qui connaissait assez bien le défunt, a rappelé que Abdellah Guettaf était un grand humaniste avant d’être un artiste. «Sa force, dit-il, était son éducation et son relation avec ses proches. Son niveau intellectuel élevé aussi bien en langue arabe qu’en langue française lui a donné la force d’aller puiser dans des textes rares. Il comprenait la signification et la portée de tous les textes qu’il a eu à étudier ou encore qu’il interprétait. La plupart des chouyoukh du châabi ne comprennent pas les textes qu’ils chantent. C’est un grand problème. Mais quand un cheikh arrive à comprendre les mots d’une qacida donnée, il lui donne une âme et l’interprétation qui lui convient.»

Et d’ajouter : «On a perdu en Abdellah Guettaf un grand artiste. Il s’est élevé au rang du maître du chaâbi incontesté grâce à la force de son travail et à son excellente interprétation. Il vouait un grand respect aux artistes dont il interprétait les textes dans leur intégralité. Il n’a jamais fait dans la chansonnette. Il avait un répertoire très riche. Aucune fête ne ressemblait à une autre. Bien que sa carrière fut courte, il nous a laissé pas moins d’une centaine de quacidate rares.» Rachid Rezagui a déclamé une très belle poésie de son ami disparu trop tôt alors qu’il avait encore de belles choses à donner à son public.

Revenant sur sa biographie, Abdelkader Bendamèche – qui, rappelons-le, lui a consacré une biographie dans son tome III des Grandes figures de l’art musical algérien, aux éditions ENAG en 2009 – a mis en relief les grands moments de la vie du défunt chanteur.

Originaire de La Glacière, à Alger, Abdellah Guettaf se plaisait à écouter très jeune les Cheikh El Hadj Cheniouni, Mokhtar Benazouz, Cheikh Baba Dahmane et son ami Abdelkader Choukri, dit Hamid. Abdallah Guettaf était très sensible aux textes de Mohamed Ibn Msayeb, de Mohamed et Boumediéne Ben Sahla ou encore d’Ahmed Bentriki. «Il prendra soin de tout cet héritage important  aux yeux de ceux qui savent l’apprécier. Il les connaissait le sens des qacidate ; il connaissait beyt el qassida, il la reprenait et la réinterprétait avec facilité devant le public. Sidi Kaddour El Alami, Abdelaziz El Maghraoui et El Fedhol El Mernissi n’ont aucun secret pour lui», précise Bendamèche.

Notre interlocuteur nous apprend qu’après avoir accompli son service militaire, Abdellah Guettaf intègre, en qualité de cadre administratif, les assurances, ensuite il rejoint la Société nationale des matériaux de construction (SNMC), puis l’Entreprise nationale de quincaillerie (ENAQS) et enfin l’Entreprise nationale des panneaux de signalisation (ENPS), qu’il quitte en 2002 pour prendre sa retraite.

Les musiciens qui l’ont accompagné dans son premier orchestre à l’orée de l’indépendance ne sont, entre autres, que Hamid Mostefaoui à la derbouka, Saïd Bouda, Mahfoud et Djamel au banjo, Allel Khalfa et Khaled Benslimane au tar.

Quelques années plus tard, viendront se greffer d’autres musiciens à son groupe, à l’image de Abdelkader Reskallah au violon et Cheikh Namous au banjo et à la guitare. Toujours selon Abdelkader Bendamèche, Abdellah Guettaf vénérait la ville de Constantine.

Dès 1972, il y effectue un voyage annuel dans le cadre de l’animation des fêtes familiales. Sa notoriété était telle qu’il était sollicité aussi à Skikda, Béjaïa et Annaba.

L’artiste Abdellah Guettaf a fait sa première apparition grand public à l’occasion de la demi-finale de la 1re édition du Festival national de la chanson chaâbie, en juillet 2006 à Chéraga.

Il s’est produit, également, en finale de ce grand rendez-vous chaâbi de l’année, le 12 octobre 2006 au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi. «Ce soir-là, souligne Bendamèche, tout le monde s’est rendu compte qu’il incarnait un véritable cheikh. Abdellah Guettaf n’était pas avare en conseils en direction des jeunes.»

Concernant la première prestation de Abdellah Guettaf au niveau de la Télévision algérienne, le poète Rachid Rezagui souligne qu’elle a eu lieu en juillet 2010, grâce à l’encouragement de son frère Aïd Guettaf. C’est ainsi qu’il participe à l’émission «Fen bladi». Il est alors accompagné par l’ensemble dirigé par Hamai Mabrouk. Suivront, par la suite, uniquement deux autres passages à la Télévision algérienne.

Il est à noter que le chanteur châabi Abdellah Guenif a édité un album en 2010. Le deuxième album est sorti à titre posthume en janvier 2021, et ce, à l’occasion de ce présent hommage. En outre, un concert virtuel en live sur la page Facebook de l’agence a été animé, le jour-même, par Abdelghani Azzouz. 


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2021-01-30 09:10:17

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Written by Ahmed Sobhy

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