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Impact sur l’Algérie | El Watan

Impact sur l’Algérie | El Watan
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Dollar dominant, devises numériques publiques et privées

La domination du dollar en tant que monnaie de réserve internationale reste entière en dépit des nombreux changements qui ont marqué le système monétaire international depuis plus de 60 ans et il est peu probable que le billet vert soit remplacé de sitôt. Le dollar reste la monnaie de réserve la plus couramment détenue et la monnaie la plus utilisée pour le commerce international et d’autres transactions dans le monde. Ceci confère aux Etats Unis des avantages mais également des contraintes. Toutefois, la reconfiguration du paysage économique mondial au cours des trente dernières années, l’émergence de monnaies numériques et de nouveaux écosystèmes de paiement pourraient, le cas échéant et à terme, ouvrir la voie à une autre devise de  réserve internationale pouvant supplanter le dollar. Tournons-nous vers l’Algérie avec deux questions dominantes : (1) l’impact du dollar (monnaie de réserves internationales) sur l’économie dans la mesure où elle facture ses exportations en dollars et fait face à des importations libellées en euros ; et (2) l’impact de la volatilité des flux extérieurs sur la stabilité macroéconomique, la croissance et l’emploi.

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Sur les 180 monnaies nationales, le FMI n’en reconnaît que huit d’entre elles comme principales devises de réserve : le dollar australien, la livre sterling britannique, le dollar canadien, le renminbi chinois, l’euro, le yen japonais, le franc suisse et le dollar américain. Parmi ces huit monnaies, c’est vers le dollar (en raison de la sécurité qu’il incarne) que les entreprises et les investisseurs se tournent généralement.

De plus, la part des exportations mondiales facturées en dollars est beaucoup plus importante que la part des exportations destinées aux États-Unis. Cette différence indique que le dollar joue un rôle démesuré dans la facturation des exportations mondiales ; les tendances des importations sont assez similaires.

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Les facteurs expliquant le rôle dominant du dollar sur le plan international

Le statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale a été consolidé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la Conférence de Bretton Woods de 1944, au cours de laquelle quarante-quatre pays ont accepté la création du FMI et de la Banque mondiale et adopté un système de taux de change fixe en vertu duquel chaque pays a indexé la valeur de sa monnaie au dollar, lui-même convertible en or au taux de 35 dollars l’once.

Ce système a été conçu pour assurer la stabilité du système monétaire international et empêcher les guerres de devises des années 1930. Face à une pénurie d’or pour couvrir les dollars en circulation à l’extérieur (signe de la vitalité des échanges commerciaux mondiaux), les États-Unis ont donc suspendu la convertibilité du dollar en or en août 1971, ouvrant la voie à un nouveau système de taux de change majoritairement flottants à partir de 1973.

Ce changement n’a pas empêché le dollar de continuer de dominer le système monétaire international pour de nombreuses raisons, notamment la stabilité de sa valeur, la taille de l’économie américaine, la profondeur de son marché financier (18.000 milliards de dollars, soit 21 % du PIB mondial), la qualité des bons du Trésor perçus comme le premier actif de réserve au monde et le poids géopolitique des États-Unis qui lui confère le rang de première puissance mondiale.

D’après le système COFER du FMI, les réserves internationales de change totales détenues au niveau mondial s’élèvent à fin septembre 2020 à 12.254 milliards de dollars, dont 6937 milliards sous forme de dollars (soit 62,3 % du total), l’équivalent de 2325 milliards sous forme d’euros (20,53%), l’équivalent de 679 milliards sous forme de yens (5,9 %), l’équivalent de 516 milliards sous forme de livres sterling (5,9 %), l’équivalent de 244 milliards de dollars sous forme de renminbi (2,13 % ) et l’équivalent de 19 milliards sous forme de francs suisses (0,5 %).

Notons le poids relativement mineur du renminbi chinois dans les transactions mondiales, notamment en matière d’émission de dettes étrangères ou d’échange sur les marchés des changes mondiaux, en dépit du rôle grandissant de la Chine dans l’économie mondiale.

Les avantages et les coûts pour les États-Unis d’un dollar dominant la scène monétaire internationale

Le statut du dollar en tant que première monnaie de réserve (qualifié en son temps par la France de «privilège exorbitant» des Etats-Unis) offre à ce pays un double avantage :

(1)- La capacité d’emprunter plus facilement de l’argent à l’étranger ; et

(2)- un pouvoir étendu des sanctions financières. En effet, dans la mesure où tous les échanges effectués en dollars, même les échanges entre autres pays, passent par des banques dites correspondantes ayant des comptes à la Réserve fédérale, peuvent faire l’objet de sanctions américaines frappant les pays ou les institutions figurent sur leur liste noire (BNP Paribas, Cuba, Iran et Soudan). Les tentatives récentes de certains pays (France, Russie, Chine, Iran) de contourner ce pouvoir de sanctions est resté sans suite.

En revanche, cette même prééminence du dollar place des contraintes sur les autorités monétaires américaines car :

(1)- la demande transactionnelle en dollars exerce une pression sur la valeur de cette devise, rendant ainsi les exportations américaines moins compétitives (plus chères), creusant les déficits commerciaux et conduisant à des pertes d’emplois ; et

(2)- la Réserve fédérale américaine doit, en cas de choc mondial (comme la crise financière de 2008 et la pandémie actuelle), concilier intérêts domestiques et externes (sous la forme de prêteur mondial de dernier ressort). Ajoutons le risque de manipulation par certains pays d’Asie de leur taux de change vis-à-vis du dollar pour gagner un avantage commercial (avec le risque pour ces pays d’être déclarés «manipulateurs de devises » et s’exposer ainsi à de nouvelles sanctions).

Y a-t-il des alternatives au dollar ?

Deux points : les tendances pouvant donner naissance à des concurrents et les candidats.

Premier point : les tendances. Citons entre autres :

(1)- L’évolution de la finance internationale (émission obligataire à grande échelle hors dollars de la Commission européenne en octobre dernier) ;

(2)- la restructuration éventuelle des chaînes de valeur et la conclusion récente du Partenariat régional économique global en Asie – un accord de libre-échange entre quinze États-nations de la région – qui pourrait élargir le rôle d’autres monnaies disposant pour l’heure d’une part très limitée par rapport aux réserves internationales globales ;

(3)- des considérations géostratégiques (politique étrangère et sécurité) peuvent conduire des pays à tenter d’internationaliser leurs monnaies ; et

(4)- les progrès des technologies financières et de paiement accélérés par la pandémie susceptibles de redéfinir la structure et la détention des avoirs de réserve.

Second point : Les monnaies sur le rang sont :

(1)- L’euro (deuxième monnaie de réserve la plus utilisée, représentant environ 20% des réserves de change mondiales) souffre de l’absence d’un Trésor commun et d’un marché obligataire européen unifié, ce qui limite son attractivité en tant que monnaie de réserve ;

(2)- le renminbi (2% des réserves mondiales) présente l’inconvénient de contrôles stricts sur les flux d’argent dans son économie ; et

(3)- Les droits de tirage spéciaux (DTS), la monnaie de compte du FMI qui peut être échangée contre des réserves en devises fortes et dont la valeur est basée sur un panier de cinq devises : l’euro, la livre sterling, le renminbi, le dollar américain et le yen. Le système DTS est plus stable qu’un système basé sur une monnaie nationale dont l’émetteur doit répondre à la fois aux besoins nationaux et internationaux.

La Chine et des économistes de renom, dont Joseph Stiglitz est en faveur de l’émergence du DTS comme monnaie de réserve. Toutefois, ce dernier ne fonctionnant pas comme une monnaie réelle, n’est pas acceptée dans les transactions privées et il n’existe pas un marché de la dette libellée en DTS.  Restent les cryptomonnaies publiques et privées que nous examinerons ci-dessous

Les monnaies numériques des banques centrales ont-elles un avenir ?

La numérisation en cours depuis ces 20 dernières années est en train de redessiner des pans entiers de l’activité économique, réduire le rôle de l’argent liquide et stimule l’émergence de nouvelles formes de monnaies numérique.

Les banques centrales sont en train de réfléchir aux voies et moyens pour épouser ce trend naissant. Une possibilité est d’émettre une monnaie numérique banque centrale (MNBC). – Une forme numérique de monnaie fiduciaire largement accessible qui pourrait avoir cours légal.

Si plusieurs banques centrales ont déjà étudié l’adoption des MNBC et de pilotes, beaucoup d’autres demeurent encore sceptiques face à ce trend. Leur opérationnalité passe en effet par la résolution de nombreuses questions qui permettent de matérialiser une devise (traçabilité des transactions, sécurité, limites de transaction, intérêts gagnés, rôle des dépôts en espèces et des dépôts bancaires commerciaux dans les paiements matière, etc.).

A ce stade, il est prématuré de se prononcer sur les avantages nets que pourraient apporter l’entrée en fonction de MNBC. Leur existence devra prendre en compte la situation spécifique de leur pays, la faisabilité technologique, les coûts opérationnels et surtout les risques et mérites relatifs d’instruments alternatifs.

Les éléments factuels sur les monnaies virtuelles (cryptomonnaies) privées

Les nouvelles technologies, soutenues par les progrès du chiffrage électronique et de l’informatique en réseau, ont favorisé un commerce mondial en ligne qui a conduit à l’émergence de monnaies virtuelles (MV) dont la plus connue est le bitcoin.

Parmi les 4734 MV en vigueur, une cinquantaine ont leur valeur fixée par rapport à une monnaie d’État, le plus souvent le dollar américain. Ces MV ont été introduites à partir de 2015 pour éviter la volatilité des cours des monnaies traditionnelles, volatilité considérée comme un obstacle majeur à leur développement. Les MV facilitent les échanges entre pairs en contournant les centres d’échange centraux traditionnels.

Les MV et leurs technologies associées (notamment les registres basés sur des blockchains) évoluent rapidement. Toutefois, les perspectives en matière de MV est difficile à prévoir. Certes, les MV offrent de nombreux avantages potentiels, dont une rapidité et une efficacité accrues pour effectuer les paiements et les transferts, en particulier au-delà des frontières et l’inclusion financière.

La technologie du grand livre distributif qui sous-tend certains systèmes de crypto monnaies – un moyen décentralisé innovant de suivre les transactions dans un grand réseau – offre des avantages potentiels qui vont bien au-delà des MV eux-mêmes. Dans le même temps, les MV posent des risques considérables en tant que vecteurs potentiels de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme, d’évasion fiscale et de fraude.

Si à ce stade, le faible volume des MV ne semble pas poser de risques sur la conduite de la politique monétaire , il en est tout autrement de la stabilité financière qui peut en être affectée à mesure que les nouvelles technologies deviennent plus largement utilisées.

Par ailleurs, les cadres réglementaires sous-tendant les MV sont en gestation car elles impliquent des interventions transnationales. Ajoutons à cela le fait que de nombreuses MV opèrent en dehors du système financier conventionnel, compliquant leur suivi et régulation.

Les chantiers sont ouverts pour trouver un équilibre entre le besoin de les réglementer sans pour autant étouffer l’innovation qui a guidé leur émergence.

Le dollar en tant que monnaie de facturation et son impact sur les flux commerciaux et la politique de change en Algérie

A fin novembre 2020, les données des autorités algériennes font apparaître des importations pour un montant de $31,4 milliards, dont 36 % de biens de consommation (y compris 23,4 % de produits alimentaires), 22% de produits bruts et 24% de biens d’équipements. Ces importations proviennent, entre autres, pour 31,7% des pays de la zone euro et 14,9% de la Chine. En matière d’exportations, l’Algérie a engrangé $21,5 milliards de recettes dont $19,5 milliards au titre de la vente des hydrocarbures. Ces données font apparaître :

(1)- une facturation en dollar des ventes du pays (la monnaie de facturation des produits de base dont le pétrole) ; et

(2)- un libelle en euro d’une grande partie des achats du pays.

Deux questions se posent : 

(1)- Comment gérer l’impact de la volatilité des prix du pétrole et de la monnaie de facturation pour éviter une déstabilisation macroéconomique et un effet nocif sur la croissance et l’emploi ; et

(2)- l’impact de la facturation en dollar et en euro sur le taux de change du dinar vis-à-vis du dollar américain (et de l’euro), sur les prix d’importation et sur les volumes d’échanges.

La première question est centrale car si la gestion de la volatilité de flux de ressources extérieures liés aux exportations de pétrole n’est pas adéquate, les coûts en termes de déséquilibres macroéconomiques, baisse de croissance et pertes d’emploi peuvent être très élevés. C’est exactement le bilan que nous pouvons faire aujourd’hui de la mauvaise gestion du choc pétrolier de 2014 et des crises sanitaire et pétrolier de mars 2020.  En effet, faute de politiques publiques appropriées, l’Algérie a enregistré au cours des 6 dernières années :

(1)- un recul de croissance de 13 points de pourcentage ;

(2)- un quasi doublement du taux moyen de l’inflation ;

(3)- une contraction de la masse monétaire de 7% ;

(4)- le creusement du déficit du budget de 5 points de pourcentage ;

(5)- le triplement du déficit du compte courant de la balance des paiements ;

(6)- la réduction des réserves internationales de change de $133 milliards ;

(7)- la perte de la valeur de la monnaie nationale de 61% ; et

(8)- un écart de près de 50% entre le taux officiel et le taux parallèle. Ce bilan souligne l’ampleur des ajustements à mener pour stabiliser l’économie et la refonder sur des bases plus saines.

Pour le second point, le choix de la devise de facturation a des impacts sur la manière dont les prix relatifs sont affectés par les fluctuations des taux de change lorsque les prix sont stables dans ladite devise. Plus la fraction des importations d’un pays facturées en devises est élevée, plus l’inflation de ce pays est sensible aux variations de la valeur de sa devise par rapport aux devises étrangères.

En outre, les effets des chocs extérieurs sur les flux commerciaux d’un pays ainsi que sur l’ajustement de sa balance commerciale peuvent différer selon la monnaie dans laquelle les exportations et les importations sont facturées. Dans ce contexte, pour ce qui est de l’Algérie, une étude internationale ciblant des pays similaires est parvenu aux conclusions suivantes :

(1)- Une dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar se traduit par une hausse des prix à l’importation de 0.7% ;

(2) pour l’euro, l’impact est de 0,5 % ;

(3)- si les facturations combinent dollar et l’euro à concurrence de 50 % pour chacune des devises, l’impact est de 0,48 % pour le dollar et 0,40% pour l’euro ; et

(4)- pour ce qui est des volumes, l’impact est très minime.

Propositions de mesures correctives

A deux niveaux :

(1)- Pour ce qui est de l’ajustement des comptes extérieurs, cela implique des politiques budgétaires restrictives, une diversification des exportations et une dépréciation nominale du dinar d’environ 30-40%.

Cette dépréciation devrait être étalée dans le temps. Les mesures prises par les autorités dans ce domaine (glissement cumulé de 9 % entre fin 2019 et fin 2020) sont les bienvenues et vont dans le bon sens. Toutefois, elles sont encore loin de refléter les fondamentaux macroéconomiques (vu la surévaluation du dinar algérien d’environ 30-40% à fin 2019).

Un rattrapage de près de 20% est à envisager pendant 2021-2022 afin d’atteindre un taux de change de 155 DA pour 1 dollar. Sur le marché parallèle, il faut s’attendre au maintien de l’écart d’environ 50% en raison du manque de visibilité économique et du manque de confiance des agents économiques vis-à-vis de la monnaie nationale qui a été fortement affaiblie.

(2)- Pour ce qui est de la gestion du risque de volatilité de la valeur des devises de facturation,  la technique en cours est de demander une facturation dans deux devises : une en dollars américains et une autre dans une devise appropriée pour le vendeur/acheteur. Ceci implique le développement des contrats à terme qui permettent simplement d’acheter des devises aujourd’hui pour une utilisation ultérieure, généralement jusqu’à 12 mois, bien que la plupart des contrats à terme se situent entre deux et six mois. 

Macroéconomiste, spécialiste des pays en post-conflits et fragilités.


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2021-02-15 10:01:55

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Written by Ahmed Sobhy

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