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Khemissi Zakad | Docteur vétérinaire : «Le problème : pourquoi l’importation en temps d’investissement ?»

Khemissi Zakad
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  • Aux yeux du jeune vétérinaire que vous êtes, comment se porte la filière bovine dans son ensemble en Algérie ?

Elle est souffrante, sérieusement souffrante. L’Algérie figure parmi les plus grands importateurs de lait en poudre, de vaches laitières, de broutards d’engraissement et d’aliments de bétail (plus de 3 milliards de dollars engloutis chaque année), malgré sa richesse dans le domaine agro-alimentaire et l’étendue de ses surfaces agricoles. Le problème : pourquoi l’importation en temps d’investissement ? Un peu trop volontaristes, la politique et les dispositifs, censés donner un coup de boost à la production laitière et défaire le pays de sa dépendance de l’étranger (poudre de lait et bovins), adoptés depuis plus de 40 ans et essentiellement basés sur l’importation, au prix fort, de Vaches laitières (VL) à haut potentiel génétique pour être cédées au éleveurs à des prix bas, ont montré toutes leurs limites.

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Ce qui, entre parenthèses, m’a poussé à faire des recherches puis à les approfondir et concevoir mon «projet» (rires). Que ce soit les zones de production intensives ou dans les zones agro-climatiquement déshéritées, les éleveurs peinent à satisfaire les besoins de la VL importées ; climat, alimentation (fourrages et aliments concentrés) et conditions d’habitat. Arrivé en Algérie, le bovin de lait, sélectionné en Europe, doit se battre contre des conditions difficiles, le résultat : la mort ou la vie avec des maladies carentielles et pathologiques. A la fin, chute brutal de la production et de la productivité. Alors que nous avons un riche patrimoine de bovin local qu il suffit d’améliorer.

Le bovin local est souvent cité comme exemple pour sa rusticité qui s’explique par, entre autres, sa résistance aux conditions climatiques difficiles (chaleur, froid, sécheresse…), son aptitude à valoriser des aliments médiocres, sa capacité de consommer en abondance et de transformer les fourrages grossiers de faible qualité, son aptitude à marcher sur des parcours difficiles et en terrain hostile, sa résistance aux parasites et aux maladies…C’est pour dire qu il ne faut jamais acheter des animaux sélectionnés ou améliorés pour les élevages industriels même s’ils présentent des indices de taux de production et de rendement intéressants. Ces animaux doivent être suivis constamment et être élevés de manière optimale, ce qui ne convient pas à un élevage de type familial.

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  • S’agissant des bovins importés, les génisses pleines en particulier, nombre d’éleveurs interrogés se sont plaints du taux de mortalité auprès de cette population, le jugeant excessivement élevé. Serait-ce du fait des pratiques frauduleuses sur le certificat sanitaire, zootechnique ou généalogique auxquels recourent les importateurs avec la complicité des fournisseurs, (éleveurs ou revendeurs) étrangers, ou existe-t-il d’autres facteurs susceptibles d’expliquer cette «boucherie» ?

Les pratiques auxquelles vous faites référence me dépassent. Ce n’est sûrement pas un petit vétérinaire, sans emploi, comme moi qu’un importateur risque de solliciter pour l’accompagner à l’étranger pour les besoins de l’agrément et du suivi du bétail qu’il va acheter.

Ce taux de mortalité (jusqu’à quatre vaches meurent chaque jour, quelques semaines après leur débarquement chez nos éleveurs), peut, par contre, être également imputable aux mauvaises conditions de transport depuis le pays d’origine, c’est-à-dire par bateau. J’ai eu à effectuer des nécropsies pour le compte de petits éleveurs de mon patelin (Oued El Aneb). Outre celles pouvant surgir suite au choc climatique, l’insuffisance, voire l’absence de tout contrôle vétérinaire aidant, les vaches voyageant pleines, certaines en sont à sept mois de gestation, pour mettre bas en Algérie, ou les veaux prennent aussi la mer, les plus jeunes n’ayant que 2 mois et demi, peuvent contracter diverses maladies pendant la traversée.

L’entassement et les mauvaises conditions d’hygiène à bord des cargos bétaillères sont des facteurs pouvant accélérer la propagation de ces maladies, et ce, sans parler des conditions brutales de chargement. Car en plus des bâtons, des aiguillons électriques sont souvent utilisés au niveau des ports d’embarquement.

La galère de ces animaux ne se s’arrête pas là. Bien que moins éprouvant, comparativement à d’autres destinations (jusqu’à une semaine), les vaches passent presque deux jours en mer avant d’arriver aux ports algériens. Ce qui reste tout de même long puisque la norme est de moins de 12 heures. Sur place, le bétail peut rester immobilisé pendant des jours à bord du navire, puis dans des hangars, formalités douanières et procédures vétérinaires et administratives oblige.

Calvaire qui ne prendra, semble-t-il, pas fin lorsque ce long périple s’achève. En effet, après un deuxième déchargement, puis chargement à bord de camions, tout aussi brutaux, des heures de route, un autre déchargement et des conditions d’accueil et de vie, très peu chaleureuses, attendent ces animaux avant le terminus (éleveur).


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2021-02-22 09:28:25

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Written by Ahmed Sobhy

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