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Le poisson reste inaccessible pour les consommateurs algériens : Plongée dans les eaux troubles d’un secteur mal maîtrisé

Le poisson reste inaccessible pour les consommateurs algériens : Plongée dans les eaux troubles d’un secteur mal maîtrisé
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Une denrée que les Algériens n’osent plus regarder sur les étals tellement les prix affichés sont exorbitants. Le poisson devient un luxe que la majorité des consommateurs ne peuvent se permettre. Un produit que les Méditerranéens consomment pourtant en quantités appréciables. Avec un linéaire parfois estimé à 1200 km de côtes et parfois 1600 km, la côte algérienne regorge de richesses halieutiques à l’instar des pays du pourtour méditerranéen, mais faute de moyens ou en l’absence d’une politique de développement de la pêche, les produits de la mer ont déserté les assiettes.

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Le niveau de production de la pêche en Algérie classe le pays parmi les pays de la région méditerranéenne les plus productifs. En effet, selon un rapport de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), l’Algérie figure dans le top six des pays de la Méditerranée à dominer le secteur avec la Turquie, la Tunisie, l’Italie, la Grèce et l’Egypte. «La flotte de pêche en opération dans la zone d’application de la CGPM en 2019 comprend 87 600 navires de pêche et une capacité de pêche totale d’environ 903 000 tonneaux bruts… Quatre pays, la Turquie, la Tunisie, la Grèce et l’Italie, représentent environ 60% de la flotte de pêche totale», précise le rapport intitulé «Etat des pêches en Méditerranée et en mer Noire pour l’année 2020». Le même rapport souligne que «la Turquie est le principal producteur avec 27 4000 tonnes, soit 23,3% du total, suivie de l’Italie avec 178 700 tonnes (15,2%), et de l’Algérie avec 103 000 tonnes (8,8%)».

En termes de revenus totaux de la pêche de capture marine dans ladite zone, le chiffre a atteint 3,6 milliards de dollars en 2018 et les mêmes six pays, dont l’Algérie, dominent 83% de ces revenus. Pour ce qui est des emplois, les pêches de capture «soutiennent 785 000 emplois. La Turquie, avec la Tunisie, l’Algérie, la Grèce, l’Egypte et l’Italie totalisent 82% des emplois à bord des navires de pêche».

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A noter également qu’au cours des deux dernières années, «les prises ont augmenté de 2% pour atteindre 1,17 million de tonnes, avec une forte croissance des tonnages par la Turquie, l’Algérie et la Tunisie qui représentent la moitié des prélèvements». Des statistiques qui confirment que ce qui pose réellement problème en Algérie ce n’est pas tant le niveau de production, mais le mode de commercialisation des produits halieutiques.

A noter également que la demande sur les produits halieutiques s’élève à 200 000 tonnes, le décalage est donc important avec l’offre.
«Deux éléments d’information importants sont à signaler. L’Algérie réalise l’une des trois meilleures captures en Méditerranée. Ensuite, il faut savoir qu’avec la moitié de la flottille actuelle (2021), l’Algérie réalisait en 1990 les mêmes 100 000 tonnes de capture totale. Conclusion : même si la flottille a doublé et a été modernisée pour une partie, la pratique du métier de la pêche n’a pas évolué, et en plus, on est toujours à pratiquer les mêmes zones de pêche à défaut de campagnes de prospection pour localiser de nouvelles.

Une consommation loin de la moyenne mondiale

«Enfin et nonobstant le fait que l’Algérie n’a jamais été dépendante des produits de la mer dans son alimentation, très rares sont les pays qui assurent la totalité de l’approvisionnement en produits halieutiques à leurs populations – c’est plutôt le marché mondial en ces produits qui assure les demandes nationales», nous explique Mohamed Kacher, expert et enseignant à l’ENSSMAL.

Et la cherté des produits de la pêche échappe au contrôle des pêcheurs qui se disent victimes des intermédiaires échappant à tout contrôle et décidant seuls des prix de la commercialisation du poisson. «Aujourd’hui, un sardinier standard dépense 6 millions de dinars par an (charges sans les salaires) pour pêcher 20 tonnes de poissons, ce qui nous fait arithmétiquement un coût de production en mer de 300 DA le kilogramme. Une fois débarqué à terre, le producteur n’a aucun contrôle sur le prix de vente et souvent ce dernier est inférieur à 300 DA», précise encore notre interlocuteur.

La sardine, ce poisson pélagique, qui était jadis accessible à toutes les bourses, a rejoint le cercle fermé des poissons chers. «Les petits pélagiques (sardine, anchois, sprats) connaissent des fluctuations très importantes d’année en année et les prises restent largement inférieures à celles des records des années 1980. Les débarquements de merlus, de merlans, de langoustines, de turbots et de soles ont également baissé. En revanche, les prises de mollusques et crustacés ont fortement augmenté», explique l’étude de la CGPM. Il se trouve toutefois, qu’en Algérie, tous les poissons sont chers, ce qui n’obéit à aucune logique ni celle de la rareté et encore moins à celle de la forte demande.

Ailleurs en Méditerranée, l’apparition de la pandémie Covid-19 a fortement impacté le secteur de la pêche qui a souffert de la fermeture des restaurants et hôtels, poussant les prix vers la baisse. En Algérie, et malgré la fermeture des restaurants, le prix des produits halieutiques est demeuré élevé et hors d’atteinte par les petites bourses.

La Covid-19 n’a pourtant pas poussé à un arrêt important de l’activité. Un rapport de la WWF augure d’un fort rétablissement des stocks de poissons en Méditerranée, y compris les merlus et les mérous si 30% de la mer sont effectivement protégés. «La prochaine décennie doit remettre la mer Méditerranée au centre des agendas écologiques et économiques de nos gouvernements si nous voulons un avenir à près d’un demi-million de personnes vivant dans la région», note la WWF, en appelant au développement des petits pêcheurs et un retour à la pêche artisanale afin de gagner à la fois sur les plans écologiques et économiques.

En Algérie, le secteur ne bénéficie hélas pas de subventions comme d’autres produits alimentaires, car qualifié de produit secondaire. Les niveaux de consommation de poissons en Algérie sont pourtant très faibles et très loin de la moyenne des 20 kg par an et par personne (avec seulement entre 2 et 5 kg).


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2021-04-05 09:30:47

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Written by Ahmed Sobhy

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