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Nariman Ghlamallah. Plasticienne : «J’avais envie d’interpeller le visiteur et jouer avec lui…»

Nariman Ghlamallah. Plasticienne : «J’avais envie d’interpeller le visiteur et jouer avec lui…»
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-Votre exposition diffère. On pourrait même dire : attention peinture fraîche !

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C’est mon univers déjà. Cela reflète mon caractère. L’exposition est intitulée « Simulacre ».

-Pourquoi un titre pareil ?

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On vit dans un monde d’apparence.

-Les leurres, les impostures…

Oui ! Si on doit creuser, on va entrer dans une autre dimension. Moi, j’avais juste envie de dire…Ce que nous sommes en train de vivre. Déjà, cette exposition, je l’avais préparée, il y a voilà deux ans. Je devais la présenter, l’année dernière. Cela ne s’est pas fait à cause de la crise sanitaire de la Covid-19. Et cela a renforcé mon idée d’apparence, de simulacre.

-C’est-à-dire…

C’est-à-dire qu’on est franchement dans un monde anxiogène. On est dans une grande fragilité. Où l’homme devient tout petit, se rabougrit. Et finalement, l’art de son côté, il appelle à l’aide. Et moi, à travers mon art, ce n’est pas un appel à une assistance. C’est plutôt, une thérapie que je voulais effectuer. Pour moi-même et pour les gens venant visiter mon exposition.

-Effectivement, le visiteur n’est pas indifférent face à vos créations…

J’avais envie de jouer avec les visiteurs. D’être un peu dans le ludique. J’ai commencé cela dès l’entrée de Dar Abdeltif. Je voulais tisser des liens avec ce palais merveilleux, qui est très singulier, étrange, ayant toute une histoire derrière lui.

-L’installation exponentielle d’un accessoire fémininn’est pas fortuite. Le kardoune, le ruban traditionnel pour le lissage «algérien» – par opposition au lissage brésilien – des cheveux…

Oui, j’ai choisi le kardoun, ce ruban traditionnel millénaire faisant partie de notre culture. Et j’avais envie qu’il fasse partie du respect que je témoigne à cet endroit, Dar Abdeltif. Que le kardoune se fonde, respecte, épouse les contours des arcades et colonnes de cette enceinte, tisse des liens avec les arbres. D’ailleurs, c’est mon petit jardin…Je reste aussi dans la métaphore. Parce que cette installation est aussi un obstacle. A l’entrée de Dar Abdeltif, j’ai écrit à l’adresse du visiteur : «L’art, est-il en nous, entre nous ?» Et puis, l’art est tellement vaste. On peut faire ce qu’on veut. Et là, je demande à mon visiteur d’être actant dans une sorte de happening, si vous voulez. C’est une installation où il peut se mettre au milieu et se prendre en photo. Parce qu’on vit dans le virtuel. C’est franchement, plonger à l’intérieur de ce kardoune qui vibre et bruisse avec le souffle du vent. Je suis très contente quand il y a du vent (rire)… Le kardoun, c’est la transmission, la ronde, la spiritualité, le cercle tel le derviche tourneur, un dualisme entre une mère et sa fille…C’est au-delà du kardoune. Et à l’intérieur, j’ai scindé mon espace en deux salles. Celui relatif à cet «ameublement» pictural et celui des miroirs. Le miroir, déjà, est un accessoire de beauté. J’y ai eu recours, pour la réflexion. C’est-à-dire au sens propre et au figuré. C’est l’image dans l’image. C’est l’illusion, l’immatérialité…Ce renvoi d’image n’existe pas, il est éphémère, cela nous laisse un peu perplexe. Et puis, on est cinq fois plus beau quand on se regarde dans la glace…

On se découvre des rides, des «sillons» aussi…

Cela fait partie de la vie. C’est à réfléchir. J’avais envie aussi d’espace. Comme il faut du recul pour regarder un peu…J’avais besoin de donner un peu d’espace à cette voûte. Et aussi, m’amuser (sourire)

-Comment…

Vous avez dû remarquer une chose. Certains tableaux sont accrochés à l’envers. Je vais vous dire. J’avais envie d’interpeller mon spectateur, le visiteur. J’avais envie qu’il soit «regardeur». C’est-à-dire qu’il s’arrête et contemple l’œuvre. Je ne voulais pas la passivité. Sans aucune réaction ni questionnement. Parce qu’après quelques secondes, ce sont les selfies avec les copains. Et puis, on oublie tout. C’est juste pour dire qu’il faut s’arrêter. Et que le tableau est mis à l’envers mais ce n’est pas fortuit. C’est juste pour se décharger, tester la limite entre le figuratif et l’abstraction. A travers ce travelling, telle une caméra, je voulais que ce «regardeur» décèle d’abord la qualité picturale avant de s’intéresser au thème ou sujet. Qu’il promène son regard. Qu’il voit voyage…C’est vrai, en mettant l’œuvre à l’envers, c’est le centre de gravité qui change (rire).

-Sur certains tableaux, un mot écrit est récurrent : «confinement»…

Je me suis enfermée pendant deux mois. Les fameux mois de mars et avril 2020. Je ne suis pas du sortie dehors. J’étais «emprisonnée» chez moi. Et ça m’a plu de rester à la maison tout ce temps. Pour me reposer. Je n’étais pas distraite. Cela m’a motivée à créer, à pousser les limites…Je me suis re-concentrée sur ma peinture, sur moi-même. Et je partageais cela sur les réseaux sociaux. Cela m’a permis de comprendre qu’on était rien, qu’on était infime devant une chose invisible (la Covid-19) qui a bouleversé notre vie.

-Vous êtes casanière…

J’aime rester à la maison.

-Vous traitez aussi des sujets tristes, dramatiques mais avec un ton chaleureux et chaud… Comme le tableau «Les exilés»…

Pour la photographie, j’en fais des noir et blanc. Mais avec la peinture, c’est la couleur. Je ne sais pas si c’est un contraste. Ce ton chaud, c’est le vermillon qui émerge. J’aime cette couleur. Cela date de mon enfance. Presque tous les tableaux sont de couleur chaude.

-Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ? Les enfants, les élèves que vous initiez à la beauté, la peinture ?

Oui, absolument. J’enseigne dans une école privée. J’apprends beaucoup avec les enfants. C’est avec eux que j’ai commencé à travailler les «trucs à l’envers». Je leur ai dit qu’on lit aussi un tableau. Une lecture d’une toile. On ne lit pas que des mots. Donc, on a basculé et commencé à chercher l’image où potentiellement, elle n’existait pas. Même à l’envers, mes élèves ont fait sortir des merveilles. Alors, je me suis dit pourquoi ne pas procéder comme ces enfants. Je ne suis pas la première à le faire. Il y eut Kandinsky (Vassily, peintre) qui, par hasard, a trouvé le «truc» d’abstraction, parce que son tableau était à l’envers. Il y a aussi Georg Baselitz que j’adore. J’ai beaucoup lu sur ces gens-là. Je me suis dite que c’était intéressant. Je n’avais pas envie aussi de choquer ou de provoquer en mettant tous mes tableaux à l’envers.

 

Entretien réalisé par  K.Smail


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2021-03-13 09:01:57

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Written by Ahmed Sobhy

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