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Œuvres universitaires : Une gestion budgétivore pour des prestations médiocres

Œuvres universitaires : Une gestion budgétivore pour des prestations médiocres
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L’incendie qui a coûté la vie à une étudiante la semaine dernière dans une résidence universitaire à Ouled Fayet, en plus de remettre sur le tapis le débat sur les conditions sociales des étudiants, vient rappeler encore une fois le fossé entre les dépenses et les prestations assurées, que ce soit en termes de qualité ou de quantité. Annuellement, les œuvres universitaires accaparent plus d’un tiers du budget dédié au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

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Un montant de 112 milliards de dinars pour cette année. En 2018, ce chiffre était, pour rappel, de 101,1 milliards de dinars. Une part que l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) consacre aux dépenses du personnel, au fonctionnement de ses différents services et enfin aux œuvres universitaires. C’est justement ce dernier chapitre qui fait l’objet de dysfonctionnements et de défaillances.

Ce qui se traduit par des prestations très en deçà des attentes du monde estudiantin et complètement en décalage avec les l’importance de l’enveloppe allouée au secteur. Ce qui suscite de plus en plus la colère des étudiants qui ont de nouveau manifesté leur mécontentement quant à la dégradation des conditions de leur prise en charge dans les résidences universitaires où les locataires (470 000, dont 67% des filles) se retrouvent dans l’obligation de se débrouiller pour se réchauffer en hiver ou préparer des petits plats avec des moyens rudimentaires, mettant souvent leur sécurité en danger.

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Car, même dans les restos, l’hygiène n’est pas au rendez-vous. Idem pour la qualité des repas distribués, comme en témoignent le nombre des toxi-infections alimentaires collectives signalées annuellement. 60% des cas recensés le sont au niveau des restaurants collectifs, particulièrement les écoles et universités, selon le ministère de la Santé. Ce sont parmi les éléments phares qui renseignent sur la dégradation du cadre de vie dans les cités universitaires. Mais qui suscitent aussi des interrogations sur la gestion ce chapitre.

Le dossier est d’ailleurs en phase de réformes et il sera fin prêt d’ici la fin du mois en cours. C’est du moins ce que nous avons appris auprès d’un cadre de l’ONOU qui nous dira : «Il s’agit d’en finir avec ce déséquilibre criant entre les dépenses et les prestations destinées aux étudiants.» Notre interlocuteur reconnaîtra en effet que côté finances, le problème ne se pose pas. C’est plutôt les mécanismes mis en œuvre depuis la fin des années 1960 qui sont appelés à changer.

Des décisions au gré des conjonctures

«Depuis 1967, les œuvres universitaires fonctionnement avec le même mode, alors que la nécessité de réformer a toujours été mise en avant», nous rappellera-t-il pour résumer la situation d’un secteur qui a évolué ces dernières années au rythme des perturbations et des scandales à répétitions avec toutes les affaires de corruption qui ont éclaté, dont certaines sont toujours entre les mains de la justice. Comme solution, les pouvoirs publics optent à chaque fois pour le limogeage des responsables sans effectuer des évaluations périodiques. Ce qui se fait d’ailleurs toujours attendre par les étudiants qui réclament une conférence nationale à ce sujet.

Les décisions sont en effet prises au gré des conjonctures. Le limogeage de Bachir Derouaz (qui a refusé de nous donner son avis sur la gestion des œuvres universitaires) en est un exemple au moment où l’urgence est à l’accélération de la réforme. Un dossier remis sur le tapis l’année dernière, précisément le 21 décembre 2020, via l’installation d’une commission de réflexion composée de 16 membres.

Des exports du Centre de recherche en économie appliquée au développement (Cread) ont été associés à ce travail. Des propositions ont déjà été retenues. Il s’agit entre autres, selon notre source, de revoir la tarification des différents services (transport, restauration, hébergement) et de rehausser le montant de la bourse. Autrement dit, subventionner directement les prestations via la bourse (fixée à 4050 DA, 3600 DA ou 2700 DA, selon le revenu annuel global des parents).

Il a été également suggéré d’associer le ministère des Transports dans l’organisation du transport universitaire et d’ouvrir certaines prestations au privé. Il reste à savoir si le gouvernement donnera son feu vert à ces changements et avec quels mécanismes ? Ou bien le dossier, sera-t-il de nouveau reporté en attendant un autre incident dans les campus pour le déterrer.

Soutien direct aux étudiants, arrivée du privé…

Mais faudrait-il avant d’opérer cette réforme avoir des données claires sur le coût réel des prestations et identifier les besoins dans chaque segment. A ce sujet, notons le déficit en informations en l’absence d’enquêtes de terrain et de sondages.

Le Cread a déjà mené une étude dans ce cadre sans pour autant les rendre publiques. «Les conclusions du Cread dans cette étude ne reflètent pas totalement la réalité du terrain», estime notre source à ce sujet. Lequel nous donnera quelques détails sur le coût des prestations. Côté restauration, le coût est de 290 DA par jour et par étudiant (petit-déjeuner, déjeuner et dîner) pour un prix symbolique de 1,20 da le repas.

Le transport pour lequel l’étudiant contribue à travers un abonnement de 135 da/ an revient à 100 da/jour / étudiant, totalisant ainsi 18% du budget, alors que pour l’hébergement, le montant est fixé à 400 da/ an pour un lit. «Avec toutes les charges, ces tarifs sont très en deçà de la réalité», reconnaît notre source ajoutant : «En attendant que le processus de réformes aboutisse, nous essayons d’améliorer quotidiennement nos services.» Mais pour l’heure, sans grands résultats, comme le regrettera Abdelatif Bakhta, représentant de la Voix nationale des étudiants algériens (VNEA), une association estudiantine nouvellement agréée (en 2019). Un fonds important est dédié annuellement aux œuvres universitaires, mais nous ne voyons que de piètres services sur le terrain.

C’est le paradoxe. Tout simplement parce que ce fonds est mal géré et fait objet de malversations, de détournements avec la complicité des responsables. Ce qui se reflète dans la qualité des repas par exemple. Et ce sans parler du transport et de l’hébergement. Un hébergement qui ne prend pas en considération les moindres conditions du chauffage jusqu’aux sanitaires.

Ce sont tous ces points à régler dans le projet de réforme qui est soumis à l’approbation du gouvernement avant d’être présenté aux partenaires sociaux pour enrichissement. «Actuellement, on parle de soutien direct aux étudiants. Nous pensons au niveau de la VNEA que cette option est irréaliste et inefficace. Quel serait le montant de la bourse à accorder aux étudiants dans ce cadre ?», s’interroge Bakhta Abdelatif, qui s’oppose aussi à l’arrivée du privé dans ce secteur. «S’ouvrir au privé sans contrôle et sans régulation ne changera pas grand-change à la situation dans laquelle se débat les œuvres universitaires», estime le représentant de la VNEA.

Pour ce dernier, une subvention semi-directe serait la plus appropriée surtout dans ce contexte d’amenuisement de ressources financières et dans lequel le chef du gouvernement, Abdelaziz Djerad, promet des améliorations pour une prise en charge adéquate des conditions d’études, d’hébergement, de restauration et de transport des étudiants.


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2021-02-15 10:06:33

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Written by Ahmed Sobhy

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