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Saïd Boutadjine au forum de la direction de la culture de Jijel : «On ne doit pas croire que l’écrivain est un dieu»

Saïd Boutadjine au forum de la direction de la culture de Jijel : «On ne doit pas croire que l’écrivain est un dieu»
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Le Forum culturel de la direction de la culture de Jijel a inauguré, le 6 février, la reprise de ses activités au centre culturel islamique Ahmed Hamani, de Jijel, en invitant l’universitaire, romancier, critique et traducteur Saïd Boutadjine pour le premier numéro de cette année.

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Organisée en collaboration avec la radio de Jijel, cette rencontre, modérée par notre collègue Mohamed-Cherif Bouhali, a donné à Saïd Boutadjine tout le loisir d’offrir à l’assistance un discours dans lequel on sent autant la modestie que la sincérité et la franchise. Il parlera d’une Algérie qualifiée de «zone d’ombre», des réactions, quelquefois peu amènes, aux problèmes soulevés dans ses textes, mais aussi de théâtre et d’adaptation.

Auteur d’une quinzaine de traductions, Boutadjine ne pouvait aussi occulter ce volet de l’écriture, lui qui fut l’un des traducteurs de Nedjma de Kateb Yacine après la Syrienne Malaka Abiad. A ce propos, il dira que s’il avait à retraduire des œuvres qu’il a traduites, il le ferait d’une autre manière. C’est comme un aveu sur la complexité et les limites de la traduction quand elle n’émane pas de l’auteur même de l’œuvre.

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Il s’attardera sur l’une des critiques, notamment quand il a préféré écrire Lakhdar hrab men habs (Lakhdar s’est échappé de sa cellule), des mots du langage courant des Algériens au lieu d’utiliser «ferra» (s’est échappé) et «zenzana» (cellule). Il a traduit vers l’arabe diverses œuvres de Christiane Chaulet-Achour (Des nouvelles d’Algérie) de Malika Mekeddem (Je dois tout à ton oubli) ou encore de François Truffaut (Les films de ma vie jusqu’au Prix Nobel, Jean-Marie Gustave Le Clézio (L’étoile errante).

L’auteur de Traduction et terminologie appelle à renouveler la lecture et le regard sur la culture algérienne non sans s’attarder un moment sur les adaptations dans le théâtre et le cinéma, parfois sujets de controverses à cause de la liberté que s’autorise le réalisateur ou le metteur en scène, qui parfois déforme l’esprit même de l’œuvre, citant pour l’exemple Vent du sud réalisé par Mohamed Slim Riad d’après une œuvre de Abdelhamid Benhadouga.

L’Algérie est une zone d’ombre

Saïd Boutadjine se dira un fervent défenseur d’une communication entre l’écrivain et les lecteurs, les lecteurs entre eux, avec les journalistes, les critiques, car pour lui, «on ne doit pas croire que l’écrivain est un Dieu» qui vit loin des classes populaires.

Il s’étalera aussi sur l’écriture locale qui parle du douar, des endroits perdus dans lesquels nous avons grandi, et comment lui faire acquérir une portée nationale et même humaine quand on lui adjoint des valeurs universelles et d’autres que l’on retrouve dans les visions politiques occidentales ou arabes, et voir comment elle pourrait bénéficier de l’héritage arabe en matière de rhétorique, d’histoire et de logique.

A ce propos, l’invité du Forum culturel fera référence aux approches développées par Anton Tchekov en Russie, mais aussi par le Prix Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez qui, dira-t-il, a fait de son patelin un village planétaire.

A la fin de sa conférence, et en réponse à notre question sur l’étendue de sa qualification de « zone d’ombre» concernant l’Algérie, il nous dira qu’en «comparaison avec les pays assez développés, en ce qui concerne la culture, la politique et l’économie, on est une zone d’ombre, il faut l’avouer». «Nous sommes un pays du tiers-monde, un pays assez arriéré», notera-t-il.

Poursuivant sa pensée, il nous affirmera : «Je ne suis pas censé connaître le discours de l’Etat.» Avant de s’engouffrer dans son milieu professionnel pour lâcher que «l’université algérienne en elle-même est une zone d’ombre vu les traditions ou les discours véhiculés par certains enseignants, des étudiants ou de l’administration. Je ne peux pas la considérer comme un lieu académique où l’on peut faire de la recherche avancée ou donner à la société algérienne ce qu’elle cherche. Nous sommes une université qui représente une tribu, assez régionaliste, qui lie directement ou indirectement à la politique linéaire de l’Etat ou bien certains partis islamistes ou laïcs. Chose qu’il faut revoir radicalement pour récupérer l’université ancienne.» 


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2021-02-13 09:04:38

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Written by Ahmed Sobhy

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