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Transformer des problèmes en opportunités

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Pour une nouvelle approche des start-up en Algérie 

L’irruption des start-up dans la vie économique des pays pose non seulement la question du processus de leur création et de leur financement, mais également celui de leur pérennité et de leur évolution de toute petite entreprise à petite et moyenne entreprise et à entreprise de taille intermédiaire.

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Au cours des vingt dernières années, les start-up ont constitué un vecteur d’accélération de la productivité et du développement des nations grâce à l’innovation et à la créativité et un nouvel esprit d’entreprise.

L’importance de ce nouvel état d’esprit d’entreprise s’est donc peu à peu imposée, conduisant à la mise en place de cadres institutionnels, de dispositifs et de politiques pour appuyer les entrepreneurs émergents à chaque étape de leur parcours (financement de démarrage, formation technique, accès aux bases de données commerciales) ; fluidifier le marché du travail et normaliser les règles en vigueur en matière de création d’entreprises.

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Ceci étant, l’irruption des start-up dans la vie économique des pays pose non seulement la question du processus de leur création et de leur financement, mais également celui de leur pérennité et de leur évolution de toute petite entreprise à petite et moyenne entreprise et à entreprise de taille intermédiaire.

Cette pérennité est mise en difficulté en raison de l’étroitesse des marchés de financement des start-up ; des contraintes administratives importantes ; des erreurs stratégiques de la part des entrepreneurs en matière de gestion et de levée de fonds ; et des cultures nationales en matière d’entreprenariat et de risque.

En effet, si aux États-Unis, il y a une forte culture d’entreprenariat privé, d’innovation et de prise de risque qui rassemble les universités, les grandes entreprises, les autorités publiques et les investisseurs et favorise l’émergence de nouveaux entrepreneurs, il en va différemment dans d’autres pays où les cadres d’appui aux nouvelles entreprises et les réseaux d’entraide y sont un peu moins développés, les recours aux banques inhabituels et la recherche de partenaires (ouverture du capital et association) est plus problématique.

La pérennité des start-up se pose avec davantage d’acuité dans le contexte actuel de crise économique et sanitaire. Si ce dernier favorise l’esprit de création d’entreprise (personnes sans emploi, ou souhaitant tenter leur chance), les risques de faillite sont plus élevés vu les difficultés de financement, la frilosité des investisseurs et l’effondrement de la demande.

Qu’en est-il de l’Algérie ?

Avant la pandémie, le pays n’a jamais compté autant de start-up et de projets innovants, qui s’inscrivaient dans une dynamique amorcée, il y a déjà quelques années, et qui commençait à porter, petit à petit, ses fruits. Plus récemment, nonobstant le climat de récession, les acteurs publics et privés continuent de se mobiliser pour soutenir le développement de projets innovants et organiser l’accompagnement des jeunes entrepreneurs et transformer des problèmes en opportunités.

Cet esprit d’entreprenariat est toutefois ralenti par de nombreux obstacles, y compris l’absence de rupture avec un modèle rentier dépassé (qui amoindrit l’initiative et l’innovation), l’absence de programme global de numérisation de l’économie, la persistance d’une approche administrative passéiste (où l’Etat joue des rôles qui ne devraient pas être les siens) face à des questions économiques nouvelles, l’absence d’une économie de la connaissance et d’infrastructures performantes en matière de technologie de l’information et de la communication et une variété de contraintes structurelles maintes fois énumérées (cadre juridique inadapté, système de financement obsolète, récession, cadre des affaires lourd, généralisation de la corruption, etc.).

Ces dernières années, un pôle d’innovation est en train de prendre corps en Algérie grâce à de nombreux jeunes entrepreneurs qui s’investissent par le biais de start-up dans de nombreux secteurs d’activité. Pour l’heure, l’impact de ce pôle d’innovation reste négligeable sur le plan macroéconomique. Ce dynamisme entreprenarial fait face à de nombreuses contraintes et obstacles internes.

La récession dans lequel est plonge le pays du fait du double choc pétrolier et sanitaire de mars 2020 ne facilitera pas l’éclosion de l’innovation au cours des prochaines années vu la raréfaction des financements et la baisse considérable de la demande. Certes, un certain nombre de mesures ont été prises. Elles demeurent toutefois insuffisantes et surtout procèdent d’une approche passéiste face à des situations novatrices.

Ce contexte très difficile ne doit pas inciter à l’inaction. Bien au contraire, il faudra transformer la crise en opportunité et pour ce faire, il faut absolument rebooster le processus de création et de développement des start-up et leur donner la possibilité de surfer sur les nouveaux trends technologiques favorisés par la pandémie.

A fin 2019, l’Algérie comptait environ 34 000 start-up

A titre comparatif, les États-Unis comptaient 137 millions, la France 1,5 million, la Royaume-Uni 5,5 millions, la Russie 633 000, le Canada 2,8 millions et la Chine 579 000. Le rythme de création de start-up est assez modeste (environ 3 par mois), en comparaison d’environ 5 en France, 20 au Royaume-Uni, 1 en Russie et 90 aux Etats-Unis. L’Algérie se situe à la 8e place en termes de nombre de start-up en Afrique et au 50e rang dans le monde.

La part des start-up dans l’économie algérienne est insignifiante puisqu’elle représente environ 0,01 % du PIB. Les start-up interviennent au niveau du secteur des services, notamment les TIC, l’éducation, les transports, la santé, le tourisme et les services professionnels.

Les contraintes actuelles sont majeures à un quadruple niveau : (1) la culture ambiante : (2) les capacités techniques de la start-up ; (3) l’écosystème de l’entreprise ; et (4) les politiques publiques.

(1)- l’absence d’une culture de l’entreprenariat et du risque qui empêche de ce fait la mise en place de réseaux intégrés d’appui aux jeunes entrepreneurs (les universités, les entreprises, les banques, les organisations patronales et les pouvoirs publics) ;

(2)- Les capacités techniques des leaders des start-up. Une fois mise place, la nouvelle entreprise exige un savoir-faire technique, commercial et financier qu’une formation auprès d’un incubateur ne saurait apporter, ce qui peut compromettre le succès de la start-up ;

(3)- L’écosystème des start-up est celui qui pèse lourdement sur le démarrage et le succès des entreprises, notamment : (i) le financement qui est le premier écueil, car il peut être extrêmement difficile d’obtenir du crédit en tant que start-up, du fait de l’absence de culture de risque de la part d’un système bancaire obsolète ; (ii) les lenteurs bureaucratiques et la mauvaise gouvernance de l’administration à tous les niveaux, source de corruption et de découragement ; (iii) un cadre juridique confus, inadapté et qui peine à distinguer les différentes formes d’entreprenariat, ce qui rend les actions d’appui au bénéfice des start-up difficiles ; (iv) l’absence de concurrence au niveau des marchés qui créent des barrières artificielles et un environnement commercial défavorable ; (v) une faible numérisation de l’administration publique et de l’environnement, y compris des banques ; et (vi) la faiblesse des infrastructures de TIC et des réseaux de transmissions des données et des messageries; et

(4)- Les politiques publiques : qui manquent de vision, comme en témoignent l’absence de stratégie de développement à long terme, le manque d’ambition en direction de secteurs de pointe qui demandent des investissements sur des décades (économie du savoir, numérisation, vert, TIC) et le manque de plan de numérisation de l’économie (ou parfois l’incapacité à porter un plan ambitieux comme celui de 2009) au moment où les trends mondiaux en termes de production, de commercialisation et consommation amorcent des tournants considérables, transforment les structures des valeurs ajoutées de nombreux pays et offrent des opportunités.

Les mesures récentes en faveur des start-up

Un regain d’activisme au profit des start-up se dessine avec : (1) la création de départements ministériels en charge des start-up et de l’économie numérique ; (2) le lancement du premier accélérateur public de start-up «Algeria Venture» qui offre des financements, des formations et de l’encadrement aux start-up en phase de démarrage ; (3) le lancement de projets de partenariat en coopération avec les États-Unis (Algerian Startup Initiative, World Learning) qui ont permis la formation de milliers de jeunes entrepreneurs et le lancement de nombreuses entreprises à travers le pays ; et (4) un mécanisme de financement des start-up comprenant le Fonds d’appui et de développement de l’écosystème start-up, des avantages fiscaux et des lignes budgétaires des comptes d’affectation spéciale du trésor.

Un point de départ bienvenu mais le modèle de financement mis en place n’est pas viable, car il repose sur des ressources publiques qui sont très limitées, ne couvre que les phases de début des start-up (démarrage, études, élaboration du business plan et assistance technique), fait appel à un système bancaire obsolète, en crise et sans culture de performance et de prise de risque, ce qui conduira les jeunes entrepreneurs à un endettement qui peut être préjudiciable en phase de démarrage (à l’instar de l’ANSEJ dont 70 % des promoteurs croulent sous le poids de la dette).

Une approche passéiste et inefficace pour gérer une situation novatrice. L’État devrait jouer un rôle de régulateur et de visionnaire et non pas de banquier ni d’investisseur et encore moins de distributeur de subventions et d’avantages fiscaux mal ciblés et inopérants.

Transformer la crise en opportunité

Le pays n’a d’autre choix que d’amorcer le plus rapidement une rupture claire sur le plan de la gouvernance macroéconomique, redéfinir un autre modèle de croissance économique décarbonisé, ce qui implique entre autres une nouvelle politique industrielle qui s’appuiera sur la redynamisation d’un secteur public reformé et l’implication du secteur privé à travers un réseau de PME et de start-up.

Ces dernières font donc partie intégrante de l’équation de résolution des défis du pays. Il est donc important de mettre en place un écosystème adéquat qui va appuyer la création, le développement et l’expansion des start-up algériennes.

Les meilleurs atouts dans cette vision sont doubles : (1) les énormes marges en termes de numérisation économique et les gros besoins de l’administration et des populations à divers niveaux (santé, éducation, transports, loisirs, etc.) ; et (2) l’esprit créateur de la jeunesse du pays et sa volonté d’emprunter le chemin de l’entreprenariat pour transformer des problèmes en opportunités. Ce dernier n’est pas facile dans un pays en récession, ce qui implique une nouvelle approche, des ambitions et de la persistance.

En raison du contexte économique difficile, l’approche devrait s’articuler en deux temps :

(1)- A court terme, il serait opportun : (i) de consommer les crédits du Fonds de soutien aux start-up de façon rigoureuse et transparente pour favoriser le démarrage de start-up dans les domaines prioritaires (éducation, santé, social, transports, etc.) ; (ii) entamer un travail de simplification et de rationalisation des procédures et démarches administratives en mettant en place une plateforme électronique à cet effet ; (iii) mettre en place des mécanismes de coordination de tous les intervenants qui forment l’écosystème des start-up ; et (iv) clarifier le rôle de l’Etat qui soit se cantonner à articuler des politiques publiques adéquates et non jouer le banquier, l’investisseur et encore moins le distributeur d’avantages fiscaux ;

(2)- à moyen terme, trois axes d’action sont à explorer dans le contexte d’une nouvelle stratégie de développement privilégiant le vert et le numérique qui peuvent offrir des opportunités considérables aux start-up ; (i) créer une culture de l’entreprenariat et de l’innovation (mise en place de centres d’excellence employant des compétences locales et internationales, renforcement des relations avec les réseaux de start-up étrangers, amélioration du cadre des affaires à tous les niveaux, haut débit).

Une telle culture permettra aux entrepreneurs d’opérer avec flexibilité, développer des idées et en récolter les fruits le plus rapidement possible ; (ii) développer des compétences, des attitudes et des comportements entrepreneuriaux dans les systèmes scolaires à tous les niveaux pour tous les âges et dans le cadre d’un processus d’apprentissage tout au long de la vie pour produire des entrepreneurs efficaces capables d’initier le changement ; (iii) restructurer les programmes d’investissement pour favoriser le vert, la numérisation sectorielle et promouvoir l’économie du savoir ; (iv) repenser le mode de financement des start-up (domestique et international avec une création éventuelle d’une banque mixte qui financerait le savoir) pour transformer des risques en flux de revenus pour les entrepreneurs et les investisseurs et au bénéfice des finances publiques; et (v) lever les restrictions sur les transferts au titre du compte courant de la balance des paiements pour favoriser les échanges avec l’extérieur.


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2021-02-08 09:28:43

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Written by Ahmed Sobhy

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