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Violences contre les femmes : arrêt sur images

Violences contre les femmes : arrêt sur images
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Expo-photos à l’espace artistique Rhizome à Alger

Avec un regard et une sensibilité différents, deux photographes algériens se sont penchés sur la question des séquelles psychologiques des violences faites aux femmes algériennes.

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En effet, c’est parce que les violences faites aux femmes constituent une violence des droits de l’homme les plus répandus en Algérie que les deux photographes Sonia Merabet et Abdo Shanan dévoilent, jusqu’au 8 mars prochain, leur projet artistique, au niveau du tout nouvel espace artistique Rhizome à Alger.

Cette exposition est commissariée par Myriam Amroun et Walid Aidoud, développée dans le cadre du projet «Remchet 3in», en partenariat avec Dima Cinéma. La thématique choisie cette fois-ci par Rhizome est «Untolde».

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Comme le soulignent les organisateurs dans le texte de présentation, «une approche représentative des violences subies et que continuent d’endurer des milliers de femmes en Algérie, et ailleurs. Illustrations croisées, de processus de dé-configuration psychique, ou encore de hantises qu’évoque la perception d’une ombre, même celle de soi».

La première halte en ce jour de vernissage qui s’est déroulé le 6 février, nous amène à découvrir l’exposition de photographie de la jeune styliste de formation Sonia Merabet, intitulée «Séquelles bleues». Un projet artistique qui s’est étalé sur deux mois et qui lève le voile sur les séquelles psychologiques des femmes.

La photographe précise qu’elle a toujours voulu faire une action en direction de ces femmes opprimées mais que cela n’était pas évident. «Je voulais, dit-elle, aller peut-être de l’autre côté pour tromper les gens. Quand on évoque ce thème, on imagine des femmes ou des filles battues avec des bleus sur le corps. On va voir la violence physique,alors que moi j’avais envie de parler plutôt des séquelles psychologiques. Dans mon travail, j’ai mis en évidence la résultante de cette violence. Je ne voulais pas prendre la violence en photos mais ce qui reste après à travers le visage.»

Le jeu de l’ombre et de la lumière

Sonia Merabet exhibe huit photographies grandeur nature où deux couleurs dominent : le rouge et le bleu. Elle a choisi de travailler avec l’ombre et la lumière. L’ensemble des photos est balayé, certes, par une lumière bleue, mais une manière singulière de faire ressentir ces séquelles psychologiques bleues. Un seul et même modèle évolue d’un visuel à un autre pour venir conter ce mal intérieur qui ronge cette femme au quotidien. Comme les ressentis de ces souffrances sont souvent réprimées, le non-dit est à l’honneur.

Le modèle se donne à voir dans des situations données. Qu’elle soit de dos ou de profil avec un visage expressif, le plus souvent caché par son épaisse chevelure noire, le corps de cette femme est en continuel mouvement. On devine par filigrane qu’elle veut se libérer d’un poids pour aller de l’avant mais ces séquelles sont, hélas, toujours omniprésentes.

Difficile de les oublier ou encore de les effacer à jamais de la mémoire. Pour la photographe freelance Sonia Merabet, «l’ombre nous suit partout comme ces séquelles psychologiques. On peut guérir des coups ou autre chose mais pas d’un mal psychologique qui va nous suivre longtemps. Même si c’est une violence émotionnelle, on ne la voit pas vraiment. Il y a toujours l’abus psychologique. On ne le voit pas, mais on le ressent. C’est comme un fardeau que la victime va porter avec elle». La photographe qui expose fréquemment depuis 2015 précise que la photographie a toujours fait partie de sa vie.

C’est un outil qui est venu compléter son côté de styliste. «Cela a commencé, dit-elle, très tôt. Il y a toujours un photographe dans une famille qui prend toujours les photos, même dans les mariages. J’ai toujours été cette personne. Je pense que je le tiens de mon père. Il prenait beaucoup de photos,car lui-même avait des réflexes argentiques. Après, c’était moi qui prenait des photos. Au début, on avait que de petits appareils compactes jusqu’au jour où je ne me suis jamais arrêté. La photo a toujours été là et elle a toujours fait partie de ma vie.»

A la question de savoir quel est son photographe de prédilection, elle cite le photographe américain contemporain Saul Leiter, l’un des pionniers de la photographie couleur. Elle ajoute qu’elle apprécie aussi tous les photographes qui se plaisent à faire dans les autoportraits. Parallèlement à la photographie, l’artiste fait également de la vidéo, de la télé et du montage. Elle travaille aussi dans le cinéma en tant que styliste.

Passerelle entre la personne traumatisée et le public

Pour sa part, l’ingénieur de formation et photographe Abdo Shanan présente sa toute première installation ayant pour thème «La mémoire». Une série de 96 clichés se basant sur des témoignages de femmes se donne à voir sur des rythmes de projection différentes. Le photographe Abdo Shanan confie que tout a commencé par la lecture du «livre blanc» du Réseau Wassila où des témoignages de femmes sont à l’honneur.

Les histoires chaotiques de dix femmes sont proposées dont entres autres celles de Houda, Wassila, Bachira ou encore de Louban. Ainsi, la sélection s’est faite sur la base des histoires lues. Au fil de la lecture, Abdo Shanan se rend compte que des mots et des scènes se répètent souvent.

On parle des ces récits poignants d’escaliers, des déplacements, de kidnapping ou encore des maisons où les femmes étaient séquestrées. Ces dernières décrivent la maison et la situation dans la maison. Ce sont des femmes qui refusent d’oublier cette situation. Il s’agit d’un moment tranchant dans leur vie. Les histoires en question se déroulent pendant la période du terrorisme en Algérie ou encore en France.

Ce spécialiste des expositions de photographies indique qu’à travers ce projet artistique réalisé entre Alger et Oran, il s’est rendu compte à quel point les souvenirs et la mémoire sont violents, «surtout que nous avons toujours des éléments déclencheurs. J’ai pensé à déclenchement, à mémoire et douleurs. Nous qui sommes spectateurs, on pense que parce que l’événement traumatisant est passé que cela c’est fini, on oublie. Mais je ne pense pas que pour eux, cela se passe ainsi. Je n’ai pas voulu immortaliser cette douleur. Ce ne sont pas mes souvenirs mais les souvenirs d’autres gens. J’ai plutôt essayé de construire une passerelle entre la personne traumatisée et grand public»,éclaire-t-il. Il est à noter que l’exposition en question est visible jusqu’au 8 mars prochain du samedi au jeudi de 10h à 18h. 


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2021-02-13 09:06:22

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Written by Ahmed Sobhy

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